Sur les bords du lac d'Annecy, vendredi matin, François Bayrou et son équipe sont là pour montrer que le candidat centriste reçoit l'appui de personnalités venues de tous les bords politiques - à l'exception des extrêmes -, et pas seulement du centre droit, comme c'est le cas depuis son entrée en campagne. Le déplacement est prévu de longue date, et les noms des bayrouistes fraîchement convertis ont déjà fuité dans la presse - il y a notamment Thierry Billet, maire adjoint de la ville, un déçu d'Europe-Écologie, et Jean-Luc Rigault, maire Nouveau Centre d'Annecy.
Il fallait bien mettre en scène cette vague de soutiens locaux composée d'une quarantaine de personnes, dont des écologistes, une poignée de "divers gauche", mais aussi des membres du Parti radical et du Nouveau Centre. Alors les artisans de ce rapprochement sont là : Bernard Bosson, ex-UDF réconcilié avec la ligne indépendante de François Bayrou depuis l'université d'été du mois d'août dernier, et les écolos historiques du MoDem, les anciens Verts Jean-Luc Bennahmias et Yann Wehrling.
"Europe Écologie est morte"
En arrivant à la salle polyvalente de la petite ville de Sevrier, juste à côté d'Annecy, François Bayrou ne se fait donc pas prier pour répondre aux questions des journalistes. Pas plus que pour inviter ses soutiens à se glisser sur la photo. "Beaucoup de responsables écologistes se posent des questions", glisse-t-il au passage, devant les caméras, cherchant à éveiller la curiosité, l'air de rien. "Certains m'ont appelé, mais je ne me fie pas forcément aux déclarations d'intention...", lâche-t-il, sans donner de nom. Un optimisme qui contraste avec les explications de ces nouveaux ralliés.
Thierry Billet tâche de son côté d'expliquer sa démarche. Il dit regretter la ligne Cohn-Bendit du parti de Cécile Duflot et Eva Joly, celle de "l'écologie politique". "Le problème n'est pas la personnalité d'Eva Joly, c'est la ligne politique du parti. Elle n'est pas audible sur les questions environnementales, mais le parti l'a choisie. Selon moi, Nicolas Hulot aurait été plus légitime...", regrette-t-il. "Europe Écologie est morte", va-t-il jusqu'à affirmer. "Y aura-t-il une vague d'écologistes qui rejoindront Bayrou ?", l'interroge alors un journaliste. "Non, je ne pense pas", répond-il, réaliste. "Parce qu'il faut avoir travaillé ensemble dans une situation locale, comme nous, pour être capable de sortir du clivage."
Ce grand gaillard à lunettes avoue dans un sourire ne pas connaître Bayrou personnellement, mais explique son choix justement par son expérience locale et la "confiance" dans un certain "mode de fonctionnement", devant un Bayrou tout sourire.
"Ils ne renient rien de leur histoire"
Le président du MoDem se félicite clairement de ces nouveaux soutiens et surtout de leur "diversité" : "Tous les soutiens sont importants. Ceux du centre gauche, du centre droit et les écologistes", explique-t-il. Mais n'allez surtout pas lui parler de "ralliements". Il récuse ce terme. Pas seulement par l'une de ses coquetteries de langage, mais parce que ses nouveaux soutiens, affirme-t-il, "ne renient rien de leur histoire, n'abandonnent rien de ce qu'ils étaient".
À la tribune, son habituel discours sur l'union nationale prend un sens particulier. "Notre famille se retrouve et s'élargit", s'émeut-il, devant plus d'une centaine de militants. Avant d'énumérer : "Les divers gauches, les écologistes, les radicaux, les non-inscrits, les centre-centre, les centre droit... Tout cela, vous voyez bien que c'est la même inspiration ! Croyez bien que ceux qui se retrouvent ne se laisseront plus séparer." Vantant le caractère de "résistance" de sa "famille d'esprit", Bayrou, qui parle sans notes, part dans un laïus qu'on lui connaît bien sur les deux partis politiques "irréductiblement opposés", en France. "À l'Assemblée, on dirait des jars, vous savez ? Le mâle de l'oie... La moitié de l'hémicycle pointe l'autre du doigt !" se moque-t-il.
Bayrou revendique sa capacité à faire collaborer les hommes politiques "de la droite républicaine" et de la "gauche réformiste". Alors à la tribune, jouant les provocateurs, il s'exclame : "Oui, j'aime bien Jacques Delors, je le respecte ! Même s'il est socialiste en étiquette, je me sens libre de le dire !" La salle semble ravie. Mais pour convaincre sur son rêve de gouvernement d'union nationale, il faudra peut-être que François Bayrou prenne un plus grand risque que celui de Jacques Delors...
François Bayrou, lundi à Brest, lors de sa visite de la base de la Marine nationale à l'Île-Longue.Crédits photo : Soazig de la Moissonnière/Soazig de la Moissonnière
Le candidat centriste pointe les «incohérences» des propositions socialistes, et répète qu'il vise le second tour pour être élu.
Veut-il y voir l'illustration de l'un des possibles duels du second tour de la présidentielle? Lundi dernier, François Bayrou a visité la base militaire des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) à l'Île-Longue, en rade de Brest. Lundi prochain, même lieu, presque même heure: mais cette fois, ce sera François Hollande, le candidat socialiste, aujourd'hui grand favori des sondages, qui emboîtera le pas du candidat centriste. Pour la même photo?
Dans l'entourage de François Bayrou, la situation est «assez simple». Les socialistes «ont compris que si Nicolas Sarkozy continue de dévisser comme ça, leur adversaire de second tour, ce sera François - le nôtre - et qu'à partir de là, rien n'est joué pour eux», se prend-t-on à rêver au MoDem. Certes, pour l'heure, dans les sondages, le chef centriste ne passe pas la barre des 15% d'intentions de vote. Mais, dans les enquêtes qualitatives, les Français lui prêtent l'habit présidentiel. Voire le placent devant François Hollande en termes de popularité. Alors, on dit attendre que le «déclic» se produise…
Pour Stéphane Le Foll, de l'équipe de campagne du candidat socialiste, «il est clair que François Bayrou se met en situation de récupérer les électeurs déçus de Nicolas Sarkozy». Il est vrai que vendredi encore, en actant ses «désaccords» avec François Hollande après la présentation de ses soixante propositions, François Bayrou s'est placé en alternative au projet socialiste. «François Hollande a raison: nous sommes en accord sur le constat de nos désaccords qui sont substantiels», a expliqué au Figaro le candidat centriste.
Il développe «sa» différence: «Je considère que le programme de François Hollande ne correspond pas à l'exigence des temps, voire que certaines propositions sont dangereuses. Le retour à la retraite à 60 ans est une régression pour notre pays. Surtout en la finançant abusivement par une contribution nouvelle à la charge des entreprises. De même, la multiplication des dépenses empêchera le retour à l'équilibre qui est vital pour le pays», note-t-il, notant encore «bien d'autres incohérences».
«Reconstruire le pays»
Par exemple, sur la proposition du retour «avant la fin de l'année» des troupes françaises basées en Afghanistan de François Hollande, François Bayrou estime qu'«avant de dire on remballe tout, la question mérite d'être approfondie». «Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas prendre de décision, explique-t-il. Mais il faut planifier ce retour et faire en sorte que la France apparaisse cohérente à travers le temps. En tout cas, pas comme un pays qui improvise dans la précipitation.»
Est-ce à dire que rien dans le programme de François Hollande ne trouve grâce aux yeux de François Bayrou? Pas vraiment, répond le centriste, qui rappelle avoir lui-même proposé, il y a quinze jours, lors d'un forum à la Maison de la chimie de Paris, une réflexion sur de nouveaux instruments de financement des entreprises. Défendant depuis 2002 son «ni droite ni gauche», il assure encore «ne pas être de ceux qui pensent que des hommes publics ne peuvent pas se rencontrer sur des propositions concrètes». Est-ce une façon de répondre à François Hollande, qui assure ne pas voir le député des Pyrénées-Atlantiques dans son gouvernement en cas de victoire de la gauche en 2012? François Bayrou répète qu'il vise le second tour pour être élu. Et assure encore: «Je pense que c'est un devoir quand des responsables publics sont en accord de travailler ensemble. Et nous devrons tous le faire dans un esprit d'unité nationale quand il s'agira de reconstruire le pays. Mais c'est aussi un devoir, quand ils sont en désaccord, qu'ils l'expriment et s'en expliquent.»
D'ici là, toujours dans les rangs centristes, on s'explique ainsi la nouvelle posture du candidat du PS vis-à-vis de celui du centre: «Hollande prend conscience que le retard à l'allumage de sa campagne, notamment dû aux bisbilles de l'accord PS-Verts et aux difficultés entre socialistes à se mettre d'accord sur la TVA sociale, pousse un électorat de centre gauche à se tourner plutôt vers la constance de Bayrou que vers le flou de certaines propositions du candidat socialiste», observe Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint du MoDem.
Le candidat du MoDem à la présidentielle François Bayrou a martelé vendredi lors d'un déplacement en Haute-Savoie son credo du "made in France", égratignant au passage un parti socialiste auquel il reproche un manque de "sobriété et d'humilité".
Le candidat du MoDem à la présidentielle François Bayrou a martelé vendredi lors d'un déplacement en Haute-Savoie son credo du "made in France", égratignant au passage un parti socialiste auquel il reproche un manque de "sobriété et d'humilité".
"Produire en France est possible", a déclaré aux journalistes le candidat centriste lors d'une visite vendredi de l'entreprise Meggit Sensorex, fabricant de pièces pour l'aéronautique, installée à Archamps, à la frontière suisse.
L'entreprise d'origine haut-savoyarde, rachetée en 2005 par le groupe britannique Meggitt, emploie 150 personnes avec des salaires "en moyenne 15% supérieurs à ceux que l'on trouve habituellement dans ce secteur", a indiqué M. Bayrou pour qui le "remède" à la délocalisation n'est pas une baisse des salaires.
"La question principale n'est pas le coût du travail. Ce n'est pas par l'effondrement des salaires que l'on résoudra le problème. C'est en recherchant de nouveaux produits, de nouveaux moyens de développement que l'on devient compétitif", a assuré M. Bayrou.
"On est un pays qui prouve tous les jours qu'il est en avance dans des secteurs difficiles à conquérir et en même temps on est incapable de produire du milieu de gamme", a-t-il déploré.
Le centriste, qui est allé en fin de matinée à la rencontre de ses soutiens à Sevrier sur les bords du lac d'Annecy, a attaqué le PS, estimant que la situation de la France exigeait "plus de sobriété et d'humilité".
"Les PS est un parti extrêmement puissant, extrêmement riche qui peut dépenser des millions pour un meeting. Nous ne sommes pas dans cette culture-là (...) et d'une certaine manière heureusement que nous n'en avons pas les moyens car la situation du pays exige plus de sobriété et plus d'humilité et pas le sentiment que tout est joué à l'avance", a-t-il dit aux journalistes.
Plus tôt dans la matinée le candidat avait signifié son "désaccord" avec les 60 engagements avancés la veille par François Hollande: "Je suis en désaccord avec lui. Il y a des orientations dangereuses et imprudentes dans ce texte".
"L'idée qu'on va se remettre à dépenser est une idée irréaliste, ça n'existe pas. Et c'est plus grave encore, ça fait revenir en arrière. Il y a un certain nombre de sujets sur lesquels la conscience des Français, la raison des Français, avait bougé. C'est le cas sur la retraite", a-t-il donné en exemple.
"Et là, en prétendant qu'on peut financer, que c'est pas dur (...) de décider qu'on va se retrouver avec la retraite à 60 ans, c'est revenir en arrière", a ajouté François Bayrou.
Le candidat du MoDem à la présidentielle François Bayrou a martelé vendredi lors d'un déplacement en Haute-Savoie son credo du "made in France", égratignant au passage un parti socialiste auquel il reproche un manque de "sobriété et d'humilité".
Le candidat du MoDem à la présidentielle François Bayrou a martelé vendredi lors d'un déplacement en Haute-Savoie son credo du "made in France", égratignant au passage un parti socialiste auquel il reproche un manque de "sobriété et d'humilité".
"Produire en France est possible", a déclaré aux journalistes le candidat centriste lors d'une visite vendredi de l'entreprise Meggit Sensorex, fabricant de pièces pour l'aéronautique, installée à Archamps, à la frontière suisse.
L'entreprise d'origine haut-savoyarde, rachetée en 2005 par le groupe britannique Meggitt, emploie 150 personnes avec des salaires "en moyenne 15% supérieurs à ceux que l'on trouve habituellement dans ce secteur", a indiqué M. Bayrou pour qui le "remède" à la délocalisation n'est pas une baisse des salaires.
"La question principale n'est pas le coût du travail. Ce n'est pas par l'effondrement des salaires que l'on résoudra le problème. C'est en recherchant de nouveaux produits, de nouveaux moyens de développement que l'on devient compétitif", a assuré M. Bayrou.
"On est un pays qui prouve tous les jours qu'il est en avance dans des secteurs difficiles à conquérir et en même temps on est incapable de produire du milieu de gamme", a-t-il déploré.
Le centriste, qui est allé en fin de matinée à la rencontre de ses soutiens à Sevrier sur les bords du lac d'Annecy, a attaqué le PS, estimant que la situation de la France exigeait "plus de sobriété et d'humilité".
"Le PS est un parti extrêmement puissant, extrêmement riche qui peut dépenser des millions pour un meeting. Nous ne sommes pas dans cette culture-là (...) et d'une certaine manière heureusement que nous n'en avons pas les moyens car la situation du pays exige plus de sobriété et plus d'humilité et pas le sentiment que tout est joué à l'avance", a-t-il dit aux journalistes.
Plus tôt dans la matinée le candidat avait signifié son "désaccord" avec les 60 engagements avancés la veille par François Hollande: "Je suis en désaccord avec lui. Il y a des orientations dangereuses et imprudentes dans ce texte".
"L'idée qu'on va se remettre à dépenser est une idée irréaliste, ça n'existe pas. Et c'est plus grave encore, ça fait revenir en arrière. Il y a un certain nombre de sujets sur lesquels la conscience des Français, la raison des Français, avait bougé. C'est le cas sur la retraite", a-t-il donné en exemple.
"Et là, en prétendant qu'on peut financer, que c'est pas dur (...) de décider qu'on va se retrouver avec la retraite à 60 ans, c'est revenir en arrière", a ajouté François Bayrou.
Assailli par la presse dès son arrivée vendredi matin à Archamps, non loin d'Annecy, en Haute-Savoie, sur le site de l'entreprise Meggitt, François Bayrou s'est refusé à commenter la prestation de son rival socialiste la veille dans Des paroles et des actes, prétendant n'avoir pas regardé l'émission.
Sur le programme de François Hollande, le candidat centriste, qui plaide pour un gouvernement d'union nationale, a réitéré ses critiques : "Les orientations de François Hollande ne me paraissent pas aller dans le sens de ce que le pays attend." Interrogé sur les propos tenus par le candidat socialiste à son égard (François Hollande affichant une certaine indifférence ), le patron du MoDem a ironisé : "I agree to disagree, comme on dit en anglais. Je suis d'accord avec François Hollande pour dire que je suis en désaccord sur son programme ! Je m'en expliquerai plus longuement dans les jours qui viennent." Et d'ajouter, sur la même ligne que l'UMP : "Se remettre à dépenser est irréaliste. Ses orientations sont dangereuses et imprudentes. Plus grave encore, cela fait revenir en arrière sur le plan de la conscience des enjeux."
François Bayrou a refusé, comme d'habitude, d'envisager le scénario de sa défaite au mois d'avril, et des choix qu'il pourrait être amené à faire.
Pour François Bayrou, François Hollande "se trompe dans ses orientations"
LEMONDE.FR | 27.01.12 | 11h22
C'est la réponse du berger Bayrou à la bergère Hollande. Le candidat centriste, en déplacement en Haute-Savoie, vendredi, n'a pas regardé "Des paroles et des actes", jeudi soir, sur France 2, dont le candidat socialiste était l'invité. Mais il ne lui a pas échappé que M. Hollande y a affirmé, en substance, qu'il lui paraissait difficile de gouverner, s'il est élu, avec quelqu'un qui combat ses idées.
"Quand un homme politique se trompe dans ses orientations, je le dis. Les orientations de François Hollande, pas plus que celles de Nicolas Sarkozy, ne me paraissent aller dans le sens de ce que le pays attend", juge M. Bayrou.
"Je suis d'accord avec lui pour dire que je suis en désaccord avec son programme", s'amuse le député des Pyrénées-Atlantiques, résumant en anglais : "I agree to disagree."
"L'idée qu'on va se remette à dépenser est irréaliste. Ça n'existe pas. Et c'est plus grave encore, car ça fait revenir en arrière", pointe-t-il.
M. Bayrou ne ferme pas la porte à un accord avec M. Hollande... si lui-même est élu. "Il est impossible de sortir des difficultés du pays si on ne réussit pas à réunirdes forces qui passent leur temps à s'affronter", affirme-t-il, rappelant sa volonté deparvenir à un gouvernement "d'unité nationale" autour de "l'intérêt général".
Pour Bayrou, Hollande a des idées «dangereuses» sur les retraites
Mis à jour le 27.01.12 à 12h35
Le candidat centriste à la présidentielle François Bayrou (MoDem) a insisté ce vendredi lors d'un déplacement en Haute-Savoie sur son «désaccord» avec le socialiste François Hollande, jugeant ses idées «dangereuses», notamment sur la question de l'âge de la retraite.
«Je suis en désaccord avec lui. Il y a des orientations dangereuses et imprudentes dans ce texte», a-t-il déclaré, évoquant les 60 engagements avancés la veille par François Hollande.
«Décider qu'on va se retrouver avec la retraite à 60 ans, c'est revenir en arrière»
«L'idée qu'on va se remettre à dépenser est une idée irréaliste, ça n'existe pas. Et c'est plus grave encore, ça fait revenir en arrière. Il y a un certain nombre de sujets sur lesquels la conscience des Français, la raison des Français, avait bougé. C'est le cas sur la retraite», a-t-il donné en exemple.
«Et là, en prétendant qu'on peut financer, que c'est pas dur (...) de décider qu'on va se retrouver avec la retraite à 60 ans, c'est revenir en arrière», a ajouté François Bayrou lors d'une visite de l'entreprise Meggit Sensorex, fabricant de pièces pour l'aéronautique érigé par le candidat centriste en exemple du «made in France». Il avait déjà critiqué la veille les 60 propositions de François Hollande en jugeant leur financement (20 milliards d'euros) irréaliste.
"Il n'y a pas dans ce programme une seule mesure d'économie", a souligné le leader centriste sur Radio Classique.
Les 60 propositions avancées par le socialiste François Hollande ne permettront pas de revenir à l'équilibre des finances publiques, "ce n'est pas vrai, ce n'est pas imaginable", a déclaré, jeudi, François Bayrou, candidat du MoDem à la présidentielle. "Il n'y a pas dans ce programme une seule mesure d'économie", a souligné François Bayrou sur Radio Classique. "Ce programme est très éloigné de ce qu'il faudrait pour qu'on ait un retour à l'équilibre crédible", a poursuivi le leader centriste.
Selon lui, "cela veut dire qu'ils (les socialistes) ont fait une croix sur le retour à l'équilibre simplement pour proposer au pays des mesures agréables que, d'ailleurs, on ne respectera pas". "Le programme (de M. Hollande) dissimule les efforts que la France va devoir faire, quels que soient les vainqueurs de l'élection", a-t-il relevé. "Si on ne revient pas à l'équilibre, le pays va continuer à couler", a-t-il conclu.
François Hollande, candidat socialiste à la présidentielle, a pris, jeudi, "60 engagements pour la France" dont le coût atteindra 20 milliards d'euros en 2017 avec une profonde réforme de la fiscalité, des mesures en faveur des PME et des propositions sur l'éducation et la jeunesse. Côté recettes, son projet prévoit l'annulation de 29 milliards d'euros de niches fiscales, qui sera "équitablement répartie entre les ménages et les entreprises".
François Bayrou lors de son premier meeting de campagne à Dunkerque, le 19 janvier.Crédits photo : PASCAL ROSSIGNOL/Reuters
INTERVIEW - Pour le politologue Stéphane Rozès, l'ascension du candidat du MoDem dans les sondages pourrait toutefois s'arrêter depuis le repositionnement de François Hollande lors de son premier meeting.
À moins de 100 jours de la présidentielle, François Bayrou peut garder le sourire. Selon un sondage Ifop pour Paris Match publié mardi, le candidat du MoDem est préféré par 64% des Français en cas de duel avec Nicolas Sarkozy, qui lui ne recueille que 34% des réponses, qui ne sont toutefois pas des intentions de vote. Le centriste dépasse ainsi son rival du PS et jusque-là favori des sondages, François Hollande, crédité de 56% contre 41% pour le président sortant. Stéphane Rozès, président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), analyse la forte poussée du centriste.
LEFIGARO.FR - Comment s'explique l'actuelle percée de François Bayrou dans les sondages?
Stéphane ROZÈS - Deux éléments de conjoncture ont permis de créer cette dynamique. Tout d'abord, François Bayrou a rappelé, dès l'annonce de sa candidature (le 7 décembre 2011, ndlr), qu'il avait été le premier à pointer du doigt la question de la dette, qui frappe actuellement l'Union européenne. Il a aussi été le premier à dire que Nicolas Sarkozy n'assumait pas convenablement la fonction présidentielle et la rabaissait. Cette critique a retrouvé un écho favorable parmi l'électorat de centre-droit, qui s'était abstenu de voter pour l'UMP lors des dernières cantonales, régionales et municipales, essentiellement sur cette question.
Le flottement qui a entouré le début de campagne de François Hollande a-t-il pu jouer?
C'est le dernier facteur. Beaucoup d'électeurs qui avaient été séduits par le candidat du PS ont été mécontents qu'il ait laissé s'interposer le Parti entre les Français et lui. Et François Bayrou a très bien su profiter de ce sentiment. Toutefois, cette dynamique risque de se tarir avec le nouveau positionnement de François Hollande, qui, lors de son premier grand meeting de campagne dimanche, a montré sa volonté de rétablir un lien plus direct et plus personnel avec les citoyens. Bayrou ne devrait pas pour autant forcément redescendre dans les sondages, mais peut-être arrêter de monter un peu. A condition bien sûr, que François Hollande maintienne sa nouvelle ligne.
Qu'en est-il de son argumentaire «ni droite, ni gauche»?
Le sujet pour une présidentielle n'est pas tant la question de la droite et de la gauche que celle du lien direct avec le pays. Le candidat socialiste nous l'a encore montré dimanche. En parlant de la France, il a construit un lien vertical, qui ne se définit pas par rapport aux autres candidats, sur un axe horizontal, mais par rapport à l'idée qu'il se fait du pays et de la République.
Dans les périodes de crise, les Français sont d'abord attentifs au parcours des candidats, puis à leur projet, et enfin à leur programme. On a changé d'époque, on n'est plus dans les sujets techniques des années 80-90. On est sur la question de la symbolique et François Bayrou avait été le premier à le dire, à juste titre, en 2007.
Comment les Français perçoivent-ils François Bayrou?
Leur perception n'a pas beaucoup changé depuis les années 90. François Bayrou bénéficie toujours d'une image d'intégrité et d'authenticité, ainsi que d'une posture gaullienne. Mais les Français se posent aussi toujours la même question: le discours qu'il propose, qui peut être jugé souhaitable par une grande partie de la population, est-il crédible? C'est la grande interrogation restée sans réponse en 2007, puisque lorsqu'il a commencé à tutoyer les scores de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy dans les intentions de vote, il n'a pas montré qu'il pouvait passer à un autre registre que celui de la critique de la gauche et de la droite. La question demeure aujourd'hui.
P.Th. | Publié le 24.01.2012, 08h17 | Mise à jour : 10h23
François Bayrou, le 19 janvier, lors de son meeting de Dunkerque. | AFP/DENIS CHARLET
Il avait déclaré, dans «Le Télégramme» en juillet dernier, que s'il le fallait «au deuxième tour, nous choisirons ensemble, collectivement, ce qui sera l'intérêt du pays». Pour autant, François Bayroureste fidèle à sa stratégie d'indépendance : «Aucun accord avant le second tour.» Pas de penchant pour l'un ou l'autre : ce mardi matin, il a une fois encore renvoyé le président de la République et le candidat du PS à la présidentielle dos à dos.
Invité à commenter, sur RTL, la prestation de François Hollande, qui a tenu son premier grand meeting de la campagne au Bourget (Seine-Saint-Denis), ce dimanche, le candidat du MoDem à la présidentielle a lâché ce jugement : «Ça ressemblait beaucoup au meeting de Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, avec les mêmes thèmes et les mêmes trucs.»
«François Bayrou monte dans les sondages», se félicite Sarnez
Lui dit son «désaccord de fond avec ce que François Hollande a dit», l'ennemi ce n'est pas la finance mais le chômage. Et de développer son propos sur cette «approche qui n'est pas juste». «C'est toujours le même truc : ça revient à dire que les problèmes que nous rencontrons ne sont pas de notre faute, qu'ils viennent de l'extérieur.» Exemple, avec la perte de production en France : «Elle ne vient pas du monde extérieur, elle vient de décisions que nous avons prises chez nous. C'est nous qui sommes responsables des difficultés de notre pays.»
Les responsables ? Suivez son regard en direction des «politiques français de la majorité et de l'opposition». «Tant que le gouvernement prenait ses positions irresponsables, l'opposition hurlait et manifestait, non pas pour qu'on dépense moins et qu'on soit plus sérieux, mais pour qu'on dépense plus et qu'on soit encore plus laxistes !»
Et lui, dans tout ça ? Il continue en tout cas de creuser son sillon. D'autant plus qu'il bénéficie aujourd'hui de bons sondages - il oscille entre 11% et 15%. Il fallait «être patient», a glissé son bras droit, Marielle de Sarnez qui s'exprimait ce mardi matin sur Europe 1. «La vérité c'est que François Bayrou monte, monte, monte dans les sondages. Plus de Français lui font confiance», s'est félicitée sa directrice de campagne.
Face à l'"UMPS", Bayrou veut incarner la "transgression raisonnable"
| 20.01.12 | 10h35 • Mis à jour le 20.01.12 | 10h37
DUNKERQUE (NORD), ENVOYÉ SPÉCIAL - François Bayrou en a fait l'une de ses maximes : "Je ne découpe pas les Français en tranches !" Manière d'affirmer qu'il ne fait pas de la politique comme du marketing, en multipliant les discours catégoriels.
Il n'empêche. Le candidat du MoDem à l'élection présidentielle, chantre du "produire en France", a identifié un public à conquérir. Ceux qui "veulent renverser la table", comme il aime à dire, qui désirent "turbuler le système", qui veulent en finir avec le système "UMPS" – une expression qu'utilise souvent Marine Le Pen, comme naguère son père Jean-Marie. Les personnes tentées, en somme, par une"transgression raisonnable", comme l'explique Robert Rochefort, vice-président du parti centriste, face à la "transgression diabolique" qu'incarnerait le Front national.
La théorie était connue. Restaient les travaux pratiques. Pour son premier grand meeting de campagne, jeudi 19 janvier, M. Bayrou a choisi un endroit qui ne doit rien au hasard. Dunkerque, dans un Nord meurtri par la désindustrialisation, dans la région d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où s'implante Marine Le Pen.
HUITS COMMANDEMENTS
Sur la scène du palais des congrès de la ville, M. Bayrou s'est voulu le porte-voix d'un "peuple" appelé à la "résistance". Aux "citoyens", il a livré ses huit commandements : "A l'enlisement, nous allons résister ; à l'appauvrissement, nous allons résister ; à la fuite des activités, nous allons résister ; aux compromissions, nous allons résister ; aux privilèges excessifs et indus, nous allons résister ; à l'illettrisme, nous allons résister ; à l'argent roi, nous allonsrésister ; à l'affaiblissement de l'Europe, nous allons résister."
Au MoDem, avant ce rendez-vous, on prévenait : "Il répondra à ceux qui l'accusent de populisme." C'est désormais chose faite. "Qu'on forme à partir du mot 'peuple' un qualificatif qui est une injure, c'est révélateur de la manière dont ceux qui se croient les élites regardent ceux qu'ils croient être le peuple", a lancé M.Bayrou.
Le candidat centriste, citant Edmond Rostand, s'est posé en défenseur des "petits,[des] obscurs, [des] sans-grade". "Ce gouffre entre le peuple et ceux qui sont censés le représenter, le diriger, ce gouffre, c'est sous les pieds de la France qu'il est ouvert. Et c'est la République qui risque d'y tomber", a-t-il tonné.
"Ce que le peuple attend, c'est qu'on le prenne à la bonne hauteur", a poursuivi M. Bayrou. Renvoyant dos à dos le PS et l'UMP, coresponsables, selon lui, de la crise, il s'est fait l'avocat d'une espèce de populisme par le haut. "Sortir de l'euro, c'estplonger les Français dans la misère. Un pays qui doit acquitter les intérêts d'une dette immense, libellée dans une monnaie forte, et qui doit la payer en monnaie faible, ce pays-là sera obligé de se saigner aux quatre veines", a-t-il déclaré, ciblant Mme LePen.
ARGUMENTAIRE DU FN
Au FN, le "cas" Bayrou est désormais pris au sérieux. Un argumentaire contre le candidat centriste a été élaboré. Il consiste à rappeler que M. Bayrou fut, en son temps, un ministre dudit "système" qu'il prétend combattre et qu'il porte les idées européennes qu'accable Mme Le Pen.
La poussée du Béarnais inquiète aussi dans les rangs du PS et de l'UMP. Mercredi,François Hollande a sommé ses troupes de partir à la charge. En attaquant M. Bayrou sur le mystère persistant de l'alliance qu'il entend passer, à droite ou à gauche. Le président du MoDem a répondu, jeudi, en empruntant des mots de François Mitterrand en 1981 : "Prenez-vous les Français pour suffisamment inconstants pour m'élire en mai et me refuser en juin la majorité qui me permettra de remplir les engagements que j'aurai pris avec eux ?"
M. Bayrou sait que, pour parfaire sa crédibilité, lutter contre l'image de solitude que lui renvoient ceux qu'il appelle les "PPP, pour partis provisoirement principaux", il lui faudra afficher de nouveaux soutiens, en plus des récents retours d'ex-compagnons de feu l'UDF, tel Philippe Douste-Blazy.
CONVERSION
Vendredi 27 janvier, M. Bayrou ira à Annecy, pour mettre en scène la conversion de Jean-Luc Rigaut, le maire (Nouveau Centre), et de son adjoint écologiste, Thierry Billet. Ce dernier permet de ne pas afficher des soutiens venant exclusivement du centre droit. "Il peut donner des idées à d'autres écologistes", veut croireYann Wehrling, le porte-parole du MoDem, ancien secrétaire national des Verts.
Un risque auquel on ne veut croire, en dépit des difficultés d'Eva Joly, dans les rangs d'Europe Ecologie-Les Verts. Où l'on rappelle que M. Billet a été exclu du parti en 2008… pour avoir frayé avec les centristes.
C'est sur les terres nordistes que François Bayrou a choisi jeudi soir de démarrer sa campagne.Crédits photo : THOMAS SAMSON/AFP
REPORTAGE - Pour son premier meeting, le candidat centriste a dénoncé jeudi la «coresponsabilité» de l'UMP et du PS face à la crise.
Les jeunes démocrates ont trouvé leur slogan: ce sera «irrésistible». Pour son premier meeting de campagne, jeudi soir à Dunkerque, dans une salle configurée pour accueillir 1200 personnes, François Bayrou a été accueilli sous les «Bayrou président» par des jeunes militants vêtus de tee-shirts - forcément «made in France» - barrés d'un gros «irrésistible». Comme sa percée dans les enquêtes qualitatives, qui le placent désormais en tête des personnalités dont les Français ont une opinion positive?
Son entourage jure de garder la tête la froide. «François continue d'avancer à son rythme», dit un proche. Dans le TGV Paris-Dunkerque, pourtant, son équipe de campagne ne manque pas de faire remarquer que «les soutiens de tous bords» se multiplient. Porte-parole du MoDem, Yann Wehrling, lui-même ancien secrétaire national des Verts, ne veut y voir «que le début» d'un mouvement. «Toutes ces personnes soutiennent Bayrou, pas le MoDem. Elles sont juste exaspérées face à l'impuissance de l'écologie politique incarnée par les Verts, qui restent enfermés dans un tête-à-tête stérile avec le PS.»
Vague de ralliements
L'entourage du candidat centriste se félicite aussi des «anciens amis» retrouvés. Le sénateur Jean Arthuis avait déjà officiellement rejoint l'équipe à l'automne. Le récent soutien de Philippe Douste-Blazy marquera-t-il une nouvelle vague de ralliements? Pour Marielle de Sarnez, directrice de campagne de François Bayrou, «le soutien de Douste est intéressant, car c'est un cofondateur de l'UMP qui avait emmené l'UDF à l'UMP».
Mais c'est sur des terres nordistes, où le Front national obtient traditionnellement de bons scores, que François Bayrou a choisi de démarrer sa campagne. Pour l'eurodéputé Robert Rochefort, il existe deux votes possibles pour rompre avec le «duel annoncé UMP-PS»: une «transgression raisonnable » en votant François Bayrou et une «transgression irraisonnable» avec Marine Le Pen.
Dans une interview à La Voix du Nord, Bayrou fait valoir que «le message de Mme Le Pen est mortel pour la France». Le leader centriste y voit deux raisons: «La première étant de dresser les Français les uns contre les autres, la deuxième étant de sortir de l'euro.» Et prévient: «Si cela se produisait (…), il faudrait rembourser en monnaie faible une dette en monnaie forte.»
Jeudi soir, aux cotés du sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe et du conseiller général Olivier Henno, deux locaux de l'étape, François Bayrou, renouant avec les orateurs (plutôt de gauche!) a appelé ses «chers citoyens français» à la «résistance» et au «changement de modèle de société». Et a appelé à ne pas céder «au modèle dominant», c'est-à-dire à «l'argent roi»: «A l'enlisement nous résisterons, à l'appauvrissement nous résisterons, à la fuite des activités nous résisterons…», a-t-il lancé à la salle. En écho aux «invisibles» de Marine Le Pen, il a cité Edmond Rostang, se plaçant en défenseur des petits, des obscurs, des sans-grade».
« Produire en France »
Dénonçant encore la «coresponsabilité de la majorité actuelle depuis 10 ans et de l'opposition officielle du PS», dont, dit-il, «la responsabilité est au moins aussi grande», François Bayrou a ajouté: «Nous sommes là pour ressaisir le destin de la France». «Je suis fondé à vous dire à cette tribune qu'il y a une coresponsabilité des deux partis. Je les appelle les PPP, partis provisoirement principaux.»
Pour lui, seul le «produire en France» permettra d'enrayer le chômage, la baisse du pouvoir d'achat, la dette et les déficits. Mais pour cela, François Bayrou dit en appeler au peuple. «Pour résister aux dérives, nous devons nous appuyer sur un peuple rassemblé, considéré comme un partenaire, plutôt que regardé avec condescendance».
Dans une grande interview au Figaro Magazinede cette semaine, le président du MoDem revient sur la présidentielle de 2007 où il avait fini troisième, avec 18 %. «Peut-être n'étais-je pas tout à fait prêt, et les Français non plus», reconnaît-il. «Aujourd'hui, les Français le sont, et je le suis aussi. Notre pays est prêt à faire ce grand choix. Je le crois et je le sais.»