Pour son premier meeting de campagne, samedi, Francois Bayrou n'a pas manqué de noter combien il lui semblait avoir inspiré l'ensemble de la classe politique sur le thème "Made in France". © PHOTOPQR/SUD OUEST / MAXPPP
Trois jours après son annonce officielle de candidature, François Bayrou savoure la petite cour que lui font ses rivaux. Il est vrai que depuis quinze jours, les mains se tendent de tous les côtés : il y a euFrancois Hollande, Claude Guéant, Eva Joly...
Même Jean-Francois Copé, le patron de l'UMP, d'ordinaire à la pointe de la "riposte", a complimenté le candidat centriste, lundi, lors d'une convention programmatique de l'UMP, sur un thème précis : le fameux "produire en France". La petite phrase n'a presque pas été relevée. Mais pour son premier meeting de campagne, samedi, sur ses terres béarnaises, François Bayrou n'a pas manqué de noter combien il lui semblait avoir inspiré l'ensemble de la classe politique sur ce thème, dont il a fait un axe central de sa campagne.
Dans une salle du stade de la Section paloise ornée d'un velum aux couleurs du club, où étaient attablés plusieurs centaines de militants - avec au menu, une "garbure", tradition locale oblige -, le candidat centriste s'est donc félicité que ses idées "trouvent un écho dans toute la politique française". Après avoir, en bon prof, refait la "généalogie de la crise", François Bayrou s'est même attardé sur ce thème, non sans gourmandise.
"Mes idées progressent"
"Je suis heureux, comblé, plein d'aise de voir que ceux qui étaient sourds et aveugles retrouvent la vue, l'ouïe et les sens des priorités", s'est-il moqué. Il a confié avoir été surpris et enchanté, mardi matin, alors qu'il se rasait, d'entendre à la radio "un dirigeant socialiste expliquer que le programme de François Hollande c'était : production et éducation". "Je me suis dit : Tiens, mes idées progressent !" Cerise sur le gâteau, le député du Béarn a ravi l'assistance en faisant mine de se réjouir que Nicolas Sarkozy lui-même ait annoncé participer bientôt à une "table ronde" sur la question, en Savoie.
Le matin même, Robert Rochefort, le "M. Made in France" du MoDem, expliquait vouloir lancer un nouveau label : le "Made in Bayrou". "Le problème, c'est que François préfère le mot fabriqué, c'est sûr que ça sonne moins bien", a-t-il regretté, amusé.
Pas sûr que ce discours taquin soit du goût de Christian Estrosi et d'Yves Jego, qui revendiquent, eux aussi, d'avoir été les premiers à proposer l'idée. Le premier tweetait même cette semaine : "À Bercy, j'étais le seul à prôner le fabriquer en France et on m'accusait de protectionnisme. Aujourd'hui, même Bayrou en parle." Et l'ex-secrétaire d'État à l'Outre-mer, à la base du label "Origine France Garantie" proposé aux industriels depuis mai 2011, de répondre, crâneur : "Pas tout à fait seul, mon cher Christian."
Samedi, pour enfoncer le clou - outre une "déclaration de guerre" typiquement bayrouiste à" la bipolarisation absurde de la vie politique" -, Francois Bayrou a pris le soin de préciser (un peu) sa méthode : cinq axes pour plus et mieux produire en France, mais aussi acheter français. D'abord, "mobiliser le pays", (quelque chose qui "ressemblerait au commissariat au plan"), changer le climat social, faciliter et simplifier la production en France (et notamment le droit du travail), relever l'image de marque française et enfin trouver une strategie européenne". Un plan qui devrait être présenté en détails, début 2012, à l'occasion des forums thématiques qui serviront à mettre en scène le programme du candidat Bayrou.